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Luiz Carlos Merten

17 Maio 2008 | 10h39

CANNES – É longo, mas eu não hesito em postar, aqui, o discurso de abertura do 61.o Festival de Cannes, proferido por Claude Lanzmann, o diretor de ‘Shoah’. Acho que ele resume bem o que é este festival no imaginário do público (e dos que dele participam). Em francês.
‘Me voyant arriver tremblant devant vous sur cette prestigieuse scène, vous devez être aussi interloqués que je l’ai été moi-même lorsque Gilles Jacob et Thierry Frémaux m’ont fait savoir qu’ils m’avaient choisi pour déclarer ouvert, en cette soirée du 14 mai 2008, le 61ème Festival de Cannes.
Après un premier moment d’incrédulité, j’ai pensé que je devais ce redoutable honneur à leur esprit farceur, dont maints exemples nous ont été administrés dans le passé. Et puis l’orgueil et l’importance l’ont emporté : je me suis dit, m’apostrophant moi-même, prenant la pleine mesure de mon pouvoir : « C’est toi qui détiens les clés, sans toi, ce Festival n’aura pas lieu ». Ce serait dommage, me voici donc.

Depuis 61 ans en effet, grâce à l’intelligence et au talent de ceux qui ont assumé et assument la lourde charge de le faire exister, d’accroître son rayonnement, d’en avoir fait l’événement unique et incomparable de la planète-cinéma, le Festival de Cannes, avec sa solennité et son caractère ludique indissociablement liés, nous donne à voir et à entendre toute la richesse du cinéma des cinq continents, sa diversité infinie. Mais en même temps — Gilles Jacob et Thierry Frémaux sont peut-être beaucoup moins farceurs que je l’ai laissé entendre —, le Festival de Cannes nous présente l’unité du cinéma-monde, et c’est cela, il me plaît de le croire, qui requiert et justifie à leurs yeux ma présence ce soir.
Car, à un premier et superficiel regard, quel rapport y a-t-il entre les extrémités du spectre, entre, par exemple, les films de Quentin Tarantino et les miens, entre Jackie Brown ou le merveilleux Boulevard de la mort, projeté l’année dernière dans cette même salle et Shoah ? Je nomme Tarantino, je pourrais citer bien d’autres noms, nombreux sont les cinéastes d’hier et d’aujourd’hui qui m’enthousiasment. Mais restons-en à Tarantino. Après le Festival de Cannes de l’année dernière, il a donné aux Cahiers du cinéma une très longue et impressionnante interview, qui suscitait, chez le lecteur que j’étais, outre l’admiration et le respect, un sentiment de parentèle, de fraternité, qui me faisait souscrire à chacun de ses propos, aussi bien quand il parle de la relation entre l’écriture et le cinéma, du rôle et de la place du chef-opérateur ou encore quand il compare l’expérience d’un film à l’ascension d’une montagne. J’ai souvent moi-même défini les douze années de la réalisation de Shoah comme l’escalade d’une face Nord inexplorée, dans laquelle il fallait d’un même mouvement inventer la voie, la méthode et son objet. Qu’on m’entende bien, je tiens Tarantino pour un cinéaste de génie, mais aussi pour un écrivain, un penseur, un homme de culture. Que je me sente aussi proche de lui ne signifie pas que je me croie capable de faire ses films. Cela ne sera jamais. A-t-il vu les miens, je n’en sais rien et cela n’a pas d’importance.
J’ai simplement voulu dire ici quelque chose sur ce que j’appelle l’unité du cinéma. De même qu’il n’y a qu’une humanité et que je peux pleurer ou rire en voyant un film de Ozu, des frères Dardenne ou d’Almodovar, de même il n’y a qu’un seul cinéma. Vive la diversité interminable du cinéma ! Vive l’unité indestructible du cinéma ! Avec solennité, émotion, attente, espoir, avec beaucoup de gaîté aussi, je déclare donc ouvert le 61ème Festival de Cannes. Action !’